Latifa Akharbach appelle à reconstruire la confiance dans les médias pour préserver la cohésion sociale et la paix à l’ère algorithmique Au Forum Global des Médias de Shusha, en Azerbaïdjan, 13 au 15 juillet 2026
Mme Latifa Akharbach, Présidente de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA) du Maroc, a pris part à la 4ème édition du Forum Global des Médias, tenue à Shusha, en Azerbaïdjan, du 13 au 15 juillet 2026, sous le thème : « Le rôle des médias dans la promotion de la paix : rétablir la vérité et rebâtir la confiance ».
Dans son intervention intitulée « Paix et vérité à l’ère algorithmique : reconstruire la confiance dans les médias », la Présidente de la HACA a dressé un constat préoccupant des risques informationnels qui pèsent aujourd’hui sur la cohésion des sociétés et sur la paix. Elle a souligné que le modèle économique des plateformes globales, fondé sur l’attention, l’émotion et la viralité, a fait émerger de nouvelles formes de conflictualité et contribué à transformer l’espace public en un terrain où, désormais, « la guerre se mène aussi — et parfois d’abord — sur le terrain de l’information ».
Pour illustrer la gravité de ces dérives, Mme Akharbach a évoqué la guerre informationnelle dont le Maroc a fait les frais lors de la dernière Coupe d’Afrique des Nations de football. Elle a rappelé comment, en marge d’un événement sportif organisé selon les plus hauts standards, une machinerie de désinformation — nourrie par des théories du complot, des discours de haine, des expressions désinhibées de racisme et des contenus hypertruqués, notamment des deepfakes — a été amplifiée par les logiques virales des réseaux sociaux, jusqu’à installer un climat d’animosité et de défiance entre le Maroc et le Sénégal, deux nations pourtant liées par des siècles d’amitié et de fraternité.
Face à ce désordre informationnel, la Présidente de la HACA a plaidé pour une responsabilité effective et une redevabilité continue de l’ensemble des acteurs de l’espace informationnel. Elle a précisé que la responsabilisation des médias passe par le renforcement de l’autorégulation professionnelle et doit désormais intégrer l’usage maîtrisé et éthique de l’intelligence artificielle dans les rédactions.
Mme Akharbach a également souligné que la responsabilisation des publics constitue le corollaire indispensable de la généralisation de l’éducation à l’information, au numérique et à l’intelligence artificielle, qui devrait être pleinement reconnue comme un droit du citoyen. Elle a, par ailleurs, insisté sur l’exigence de redevabilité démocratique des plateformes numériques globales, qui doivent être tenues comptables des contenus haineux et polarisants que leurs systèmes de recommandation et de modération, souvent partiaux et asymétriques, laissent prospérer, notamment au détriment des usagers des pays du Sud.
En conclusion, Mme Akharbach a appelé la communauté internationale à un engagement résolu afin que chaque pays puisse, avec son histoire, sa culture et ses institutions propres, construire un écosystème médiatique capable de contribuer à la consolidation de la paix et à la promotion du vivre-ensemble. Rappelant que « l’espace public apaisé ne se décrète pas, il se cultive », elle a souligné que la réhabilitation du journalisme professionnel constitue aujourd’hui un véritable investissement dans la cohésion sociale et la paix civile.
Les travaux de la 4éme édition du Forum International de Shusha organisé annuellement, depuis 2023, par l’Agence de Développement des Médias d’Azerbaijan, ont été marqués par une réunion de Haut Niveau à laquelle présidée par M. Ilham Aliev président de la République d’Azerbaïdjan. Les travaux du Forum se sont déroulés en présence de responsables gouvernementaux, d’experts et de professionnels des médias issus de 54 pays.